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MOBLISATION A LA CITE DES FAUVETTES
Mais où sont passées les bougies de Hannoucca?

C’était le dernier jour de l’école et en ce mois de décembre, et dans la petite Cité des fauvettes,  le froid était au rendez-vous. Au loin, on apercevait les balcons enneigés des immeubles. On était mercredi, en fin d’après-midi. Il était à peine cinq heures mais comme chaque fois que l’hiver était là, il faisait déjà nuit. Certains avaient accroché à leur balcon des guirlandes colorées de lumières, d’autres avaient collé des étoiles et des sapins sur leurs fenêtres.  Les rues étaient très animées. Le jeudi suivant, ce serait Noël! 

Un père Noël arpentait le trottoir devant le Monoprix.  Pour ses vitrines, le magasin avait choisi cette année,  le thème du Pôle et du grand Nord. On voyait sur la glace et la neige glisser des ours blancs et bruns, portant sur leur dos des petits singes emmitouflés dans des bonnets de laine vert pomme. Plus loin, un brise-glace avançait sur la banquise avec, à son bord, des poupées coiffées de képis marins à pompons rouges, et vêtues de pantalons  et de vestes rayés marine et blanc. Encore plus loin, des loups et des chiens en peluche tiraient des traîneaux couverts de poupées aux nattes brunes enrubannées de fils d’or et d’argent. D’une soucoupe métallique surplombée d’antennes noires, sortaient en file indienne des robots aux allures martiales.

Les enfants qui passaient, avaient le nez collé  aux vitrines gelées comme leur petit nez et ils rêvaient
Comme tous les enfants de la Cité des fauvettes, Lisou-Bisou avec  ses deux meilleures  amies, Noémie et Fatiha, étaient passées et repassées devant ces vitrines et elles connaissait les jouets par cœur. Lisou-Bisou avaient commandé, cette année, surtout des DVD  plus une luge, car ils allaient partir à la neige. Fatiha avait seulement commandé des palmes et un masque de plongée sous-marine, car cet été, toute la famille devait aller au mariage de son cousin à Essaouira et sa maman avait plein de cadeaux à acheter pour le mariage.

Noémie,  pour «Hannoucca», la fête juive des lumières, qui heureusement commençait, cette année, deux jours avant Noel, ne disait à personne ce qu’elle avait commandé. C’est un secret et comme tous les secrets, il faut le garder sinon, les vœux  ne se réalisent pas. Les seules qui savaient, c’était Lisou-Bisou, qui habitait à l’étage au-dessus et Fatiha qui habitait au troisième.

Chez Lisou-Bisou, comme chaque année, on préparait activement la décoration du sapin et le réveillon.
Chez Fatiha, il n’avait pas des sapins mais on offrait  des cadeaux et on faisait un repas de fête. 

Mais chez Noémie, en vérité, on était très en retard car ce soir devait commencer  le premier jour de la fête de Hannoucca. Et c’est là que Lisou-Bisou et Fatiha vont jouer un rôle formidable. Vous allez voir comment.

 La maman de Noémie avait acheté de quoi préparer de succulents beignets. Le Papa avait sorti de la bibliothèque huit petits  chandeliers à sept branches pour Noémie et Clara, sa petite sœur, et les  cinq cousins qui viendraient ce soir allumer la première bougie de la Fête des Lumières: Simon, Léa, Eve, Noémie et Sarah.

Avec Clara, Noémie avait disposé ces chandeliers sur des plateaux qu’elles vaient recouvert de papier alu pour que cela ne brûle pas. Noémie avait enfin trouvé les toupies au fond du tiroir de la cuisine. Elle avait aidé sa Maman à mettre la grande table pour tous les invités et disposé tous les cadeaux dans le grand coffre en osier qui trônait au milieu du salon, avec, pour chacun, une petite étiquette de couleur avec son prénom. Noémie, adorait la fête de Hannoucca car on recevait  mais aussi on donnait plein de cadeaux, des tout petits comme une  bague, ou un jeu des sept familles, ou une moto, des grands, comme une radio cassette, ou un déguisement de Banche Neige, ou un avion téléguidé, ou des moyens comme un livre de contes, un Atlas des volcans ou une flute à trous . On chantait des chansons et on mangeait de bonnes choses.

  • Noémie, tu as préparé les bougies? interrogea sa maman.
  • Non, elles sont où? cria Noémie
  • Comme d’habitude, dans le tiroir en bas de la commode, près du piano.

Noémie se mit à chercher.
-    Non, maman, elles n’y sont pas.
- Cherche bien, elles doivent y être, deux petites boites de bougies de toutes les couleurs, tu ne peux pas ne pas les voir.

Noémie, à genoux par terre,  vida  le contenu entier du tiroir. Elle y trouva une paire de gants de velours bleu, une casquette de papa, le jeu de cartes magiques qu’elle cherchait partout, deux boites de kinder vides  mais  pas de bougies …. Aucune trace.

  • Elles n’y sont pas. J’ai cherché. Tu les as peut être rangées ailleurs? demanda Noémie.
  • Impossible, je les range toujours à la même place, répondit sa maman de la cuisine.
  • Alors, peut-être qu’il n’en restait pas de l’année dernière, tu as oublié, suggéra Noémie .

- Impossible, je me souviens très bien que j’en avais beaucoup; Papa avait trouvé chez les Frère Ting,  des petites boites très jolies de bougies rouges, blanches, vertes et jaunes. Zut, allez les filles,  bougez-vous, que tout le monde cherche. Il faut trouver les bougies. Les cousins arrivent dans une demi-heure, dépêchez-vous, elles doivent bien être quelque part.

Clara, papa et Noémie se mirent à chercher, partout. Tous les tiroirs furent ouverts, les placards, les armoires, même le frigidaire, même le congélateur, la poubelle, le coffre à jouets, la boite à chapeaux, les boites à outils, les vieilles valises où l’on rangeait les vieux habits, le panier à linge…… en vain. Les bougies n’étaient pas là.

  • Bon, dit Noémie qui avait toujours plein d’idée. On n’a qu’à prendre de l’huile, comme au moment des Romains.
  • Pas des Romains, dit papa d’un ton de reproche,
  • Pas les Romains, les Crêpes, dit Clara qui avait appris une chanson de la fête.
  • Pas les «Crêpes», rigola, Noémie, les «Grecs»!!!

Clara se mit à danser en chantant: pas les crêpes, les grecs, les grecs, pas les crêpes. Mais ça ne faisait pas rire du tout la maman de Noémie, de plus en plus énervée.
Pendant ce temps, Noémie  était déjà juchée sur un tabouret,  dans la cuisine en train de prendre de l’huile d’olive.

- Attention, dit maman, tu vas en mettre partout. Ce ne sont pas des lampes à huile et puis, cela va terriblement fumer

  • Et sentir les sardines, rigola le papa qui vite se tut en voyant le regard courroucé de la maman.
  • Essaie, pour voir, dit Clara en encourageant Noémie.

Avec précaution,  Noémie versa un peu d’huile dans la petite encoche et avec une allumette, elle l’enflamma. Ou plutôt, elle essaya.
Rien.

  • Evidemment, si tu ne mets pas une mèche, tu as peu de chance que ça brûle, dit la maman, ennuyée en voyant les premières tâches d’huile qui glissaient sur la moquette.
  • Une mèche? Et je la trouve où? demanda Noémie.
  • Attends, je la prépare, dit le papa, en allant dans la salle de bain prendre un peu de coton.

Tout le monde s’affairait mais rien ne marchait. Le coton ne brûlait pas; l’huile coulait; quand le coton s’allumait, il en sortait une fumée noire et maman criait qu’on allait noircir tout le salon. Noémie disait que ses yeux la piquaient. Papa s’énervait en disant que c’était toujours pareil et qu’on laissait tout jusqu’à la dernière minute. L’heure passait, la famille allait arriver. Maman avait oublié les beignets qui brûlaient. Papa criait.

Une fête des lumières sans lumières? Quelle tristesse!

C’est alors que Noémie eut une idée. Pendant que toute la famille cherchait à nouveau partout, elle sortit et monta l’escalier; elle sonna à la porte de Lisou-Bisou.

  • Lisou-Bisou, c’est la cata! Tu sais, c’est Hannoucca, et on n’ a pas de bougies  tu te souviens l’an passé?
  • Evidemment, je me souviens, même qu’on avait fabriqué des toupies et que le Père Noël m’apporté un habit de princesse! Un vrai miracle.
  • Bon, hé bien, en fait de miracle, il m’en faudrait un gros. On n’a pas trouvé les bougies, tout le monde arrive dans une heure et tous les magasins sont fermés. Maman est furieuse, papa, j’te dis pas.  Bref, vous n’avez pas des bougies? Pour le sapin? Vous mettez quoi?
  • Ben, non, c’est des guirlandes; remarque, ça fait comme des bougies, tu veux que je les enlève du sapin et que je te les prête?
  • Non, ça n’ira pas. Il faut qu’on les mette dans les chandeliers, ça ne marchera pas.
  • Attends, dit à ce moment-là Lisou-Bisou, j’ai une idée: on n’a qu’à en demander à Fatiha. Elle a eu son anniversaire dimanche dernier. Peut-être qu’il lui reste des bougies. Montons lui demander.

En deux minutes, les deux fillettes montèrent au troisième et sonnaient à la porte de Fatiha. 
Oui, il lui restait des bougies roses mais pas assez. Alors Fathia eut une autre idée.

Dans la Cité des fauvettes, tous les enfants se connaissaient: les uns allaient dans la même école, les autres se retrouvaient à la piscine ou sur le terrain de foot. Les petits jouaient au sable du square voisin ou faisaient du vélo ou de la planche à roulette,  et les grands se retrouvaient au karaté, au club de  sport ou de danse.
Le tout était de les prévenir: avec tous les anniversaires, on trouverait bien des bougies.
Mais comment leur demander, en si peu de temps?

A ce moment précis, on entendit des coups de klaxon, de la musique et des trompettes. Fatiha ouvrit la fenêtre: c’était le cirque Amar qui annonçait que demain, il montait son chapiteau  sur la place haute de la Cité des Fauvettes et que le spectacle serait fantastique.

«Pour les Petits et les Grands, demain, 8 heures, grande parade avec les clowns Jim et Joum, les éléphants acrobates, les tigres jongleurs et le célèbre dompteur de Farabas».
Toutes les fenêtres de la Cité des fauvettes s’ouvraient les unes après les autres pour voir et entendre ce qui se passait.

Les trois fillettes eurent la même idée. Elles dégringolèrent les trois étages et filèrent vers la voiture du Cirque Amar. Quelques minutes plus tard, on entendait dans le haut-parleur les voix sonores de Lisou-Bisou  et de Fatiha qui disaient:

  • Attention, attention, ceci est un SOS lancé par Lisou-Bisou, Noémie et Fatiha à tous les copains de la cité des Fauvettes : Attention, attention, ceci est un SOS lancé par Lisou-Bisou, Noémie et Fatiha à tous les copains de la cité des Fauvettes:  on a  besoin de toute urgence de petites bougies… on a besoin de toute urgence de petites bougies; vite, apportez vos bougies, escalier A, premier étage, chez Noémie pour la fête de Hannoucca. Twittez. Merci d’avance.

Noémie et ses amies, toute essoufflées, étaient remontées et attendaient dehors sur le palier.
- Tu crois qu’ils ont entendu, demanda Noémie inquiète.
- Mais oui, dit Fatiha, ils ne sont pas sourds.

  • Je n’aurais peut-être pas dû dire que c’était pour Hannoucca . Ils ne sauront pas ce que c’est.
  • Mais si, dit Lisou-Bisou, d’un air assuré.  Je le sais bien, moi.
  • Oui, mais toi, c’est pas pareil, t’es mon  amie et je t’ai expliqué.
  • Mais, moi aussi, je sais ce que c’est, dit Fatiha, enfin, même que ta maman avait besoin de miel et que ma maman lui en a donné. Même qu’elles ont dit que les leurs grands-mères venaient  du même village, à côté d’Essaouira, même que  ta maman et la mienne ont échangé leurs recettes de beignets contre une recette de cornes de gazelle.
  • Essaouira? Ah bon? je croyais que Mamie Ginette venait de Mogador?
  • C’est pareil!

Mogador, c’était avant, quand ma mamie DJamila était petite. Maintenant, c’est changé, c’est le nom de chez nous, le nom en arabe, quoi!

Lisou-Bisou ne comprenait pas pourquoi les villes changeaient de noms mais elle savait que ses deux amies, leurs grands-mères venaient d’un autre pays que la France mais elle ne se souvenait plus lequel …. Ah oui le Maroc, s’était – elle souvenue. Les siennes était de Fougères, en Bretagne et de Lagarde Freinet, dans le midi! Et elle adorait y passer des vacances!

Mais revenons aux bougies.
Pendant qu’elles discutaient de leurs mamies, assises dehors, sur le paillasson,  elles entendirent l’ascenseur s’arrêter et un bruit de cavalcade dans l’escalier: plein d’enfants arrivaient les mains remplies de bougies de toutes les couleurs… ; de l’escalier aussi montaient  d’autres enfants, les poches pleines. Elles comptèrent les bougies; il y en avait quarante-sept.
Noémie, Fatiha et Lisou-Bisou sautaient de joie. 
- Ça a marché! Ça a marché!

Noémie  les remercia tous et leur fit promettre que demain à la même heure, ils viendraient  à nouveau sonner à sa porte.
- Sauvés, nous sommes sauvés! On va voir la tête de papa et maman et celle de Clara.
Elle sonna. Quand la porte  s’ouvrit, sa maman bondit, en colère.

  • Mais où étais-tu donc passée. On t’a cherchée partout. Comme si ça ne suffisait pas que je brûle les beignets, qu’on n’ait pas de bougies, que le tapis soit plein d’huile à cause de tes fantaisies, en plus il fallait que tu disparaisses! Tu crois que c’était le moment d’aller jouer avec Lisou-Bisou et Fatiha?

Noémie ne répondit pas. Calmement, en faisant un petit sourire à ses deux amies qui s’éclipsèrent, elle entra, et montra ses mains pleines de bougies.

- Mais où les as-tu trouvées? Comment as-tu fait?
- Un miracle, répondit nonchalamment Noémie, c’est bien ça, Hannoucca, non? Un petit peu d’huile qui brûle pendant huit jours au lieu d’un  jour? Hé bien moi, c’est pareil, mon miracle, c’est mes amies, c’est Fatiha et  Lisou-Bisou….., et tous les copains de la Cité des Fauvettes!

Vite, vite, on installa les bougies dans tous les chandeliers.
Il était temps, les cousins arrivaient.

  • Tiens, dit  Simon, c’est marrant, devant la porte, il y a une boite avec plein de bougies.
  • T’inquiète, répondit Noémie,  je t’expliquerai.

Sarah, la plus petite des cousines de Noémie,  fascinée par ces petites lumières  s’écria

  • Oh, c’est marrant,  il y a des bougies qui sont grandes et d’autres toute petites…… Oh, et il y en une qui n’arrête pas de s’éteindre et de se rallumer…….Tu sais maman, comme sur le gâteau au chocolat que tu…

Noémie ne lui laissa pas le temps de finir et l’entraina jouer dans sa chambre.
On chanta. On joua  avec les toupies. On dégusta les beignets sucrés qui n’étaient pas tellement brûlés  et, surtout, on défit les papiers des cadeaux…..
La soirée fut vraiment réussie. Puis, quand tous les cousins furent partis, Noémie alla se coucher, tout habillée.

Comme sa maman lui mettait sa chemise de nuit, elle lui murmura à l’oreille qu’elle était vraiment une petite fille, pleine de ressources et d’idées et que c’était très bien… et que grâce à ses idées, elle avait fait un petit miracle…….. Alors, dans son sommeil, Noémie lui répondit:

  • Non, maman, le miracle c’est mes amis et mes copains. Alors  demain, à la même heure n’oublie pas, il faut que tu prépares plein de nouveaux beignets pour tous mes amis: Lisou Bisou, Fatiha et aussi  David, Mathias, Amadou, Delphine, Fatima, Christophe, Julien, Karim, Nicolas, Guillaume, Dan, Yaël,  Karine, Benjamin, ………..

La voix de Noémie devint petite et  lointaine, lointaine et ce fut le silence. Elle dormait, un sourire sur les lèvres.

Dans le salon plus loin, les bougies s’étaient toutes consumées sauf la petite dernière qui s’éteignait, se rallumait……… Et vous savez pourquoi?