LES PYRAMIDES ENCHANTEES DE JUDITH book

pyramides

Les Cartes postales de Grand-Mère

Lisou-Bisou, vous vous en souvenez certainement, habitait la Cité des fauvettes. Elle avait sept frères et Félix était son préféré.  Ses trois meilleures amies étaient Noémie qui habitait juste au-dessus, Judith qui habitait juste au-dessous et Fatiha qui habitait deux étages au-dessus. 
Mais dans cette histoire, cette fois, c'est son amie Judith, qui en est le personnage central.
Voici pourquoi.

Judith, ce mercredi, semblait avoir un sérieux problème. Elle était donc montée chez Lisou-Bisou pour lui parler.

- Tu as une drôle de mine, lui dit Lisou-Bisou en la voyant. Tu veux un verre de coca?
- Non merci: il faut que je te raconte quelque chose de  vraiment bizarre, répondit Judith.
- Raconte.
- Imagine-toi, dit alors Judith, que ma grand-mère, qui était en Égypte, m'a  envoyé, la semaine dernière, une super carte postale avec trois pyramides dessus: une grande et deux plus petites. Et maintenant, regarde.
- Elle est jolie mais….. je ne vois que deux pyramides, pas trois!
- Eh bien, justement, voilà le problème! Il y en avait trois; seulement l'une des deux petites pyramides, là, devant la grande, a disparu. Il n'en reste plus que deux!

pyramid - Mais c'est impossible! Elle n'a pas pu s'en aller. Tu as du te tromper! dit Lisou-Bisou en s'esclaffant. - Non, j'te dis. Je ne me suis pas trompée; je suis absolument sûre qu'il y en avait trois et d'ailleurs, retourne la carte: tu vois bien qu'il y a trois noms de marqués! Les deux fillettes, allongées sur le tapis, le menton appuyé sur leurs mains, se demandaient où était donc allée la petite pyramide: elles avaient beau regarder attentivement, il n'y avait aucun doute, on voyait encore, à côté de la grande et de l'autre petite, l'ombre grise triangulaire que la petite pyramide disparue avait laissée.

 

- Il faut que je téléphone à ma cousine, Léa, pour vérifier, dit alors Judith. Je sais qu'elle a reçu la même carte que moi.
Judith redescendit l'escalier quatre à quatre avec Lisou-Bisou derrière elle.
Mais  au moment même où elle s'apprêtait à téléphoner à Léa, le téléphone sonna. C'était Léa qui l'appelait.
- Tu sais, Judith, il m'arrive un truc incroyable, lui dit Léa.
- Quoi donc, lui demanda Judith tout en mettant le haut-parleur pour que Lisou-Bisou entende aussi..
- Tu sais  que Grand-Mère  nous a envoyé, à chacune, une carte postale d'Égypte, dit Léa.
- Oui et alors? interrompit Judith, très excitée.
- Eh bien, dit Léa, sur ma carte à moi, il y avait trois pyramides, une grande et deux petites.
- Je sais, dit Judith, j'avais la même et ne me dis pas que la plus petite a disparu …..

- Pas du tout, répondit Léa, c'est même le contraire, maintenant, sur ma carte, il y en quatre!!
- Eh bien, la quatrième, c'est la mienne, s'exclama toute excitée Judith.
- Comment ça, la tienne?
- Ben oui! c'est incroyable! Me croiras-tu si je te dis que ma petite pyramide a disparu de ma carte postale? Donc, si toi, tu en as une de plus, c'est que la mienne est partie chez toi!
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Lisou-Bisou, qui depuis quelque temps les écoutait intriguée, intervint dans la conversation en riant et en leur disant qu'elles racontaient toutes les deux n'importe quoi et que les pyramides ne disparaissaient pas des cartes postales!
- Tu sais quoi, dit Léa, toujours au téléphone, juste le temps de mettre mes chaussures et j'arrive.

Léa habitait rue des Fauvettes, juste en face. A peine quelques minutes s'étaient-elles écoulées qu'on entendit l'ascenseur s'arrêter au premier étage avec son grincement  habituel. Judith se précipita pour lui ouvrir la porte.
Sans prendre la peine d'enlever son blouson rouge, Léa montra sa carte à Judith qui lui montra la sienne. Aucun doute possible, l'ombre laissée par la petite pyramide de Lisou-Bisou était exactement de la même taille que la quatrième petite pyramide qui se trouvait à présent sur la carte de Léa, à côté des trois autres plus grandes. En fait, elles étaient placées par ordre croissant de la plus grande à la plus petite.

Quel était donc ce mystère?
- Venez, on descend chez moi, dit Judith à Lisou-Bisou et Léa, j'ai une idée.

Sitôt dit, sitôt fait. Les trois fillettes descendirent quatre à quatre l'escalier.
Judith proposa alors à sa cousine Léa, de regarder dans le livre de la Haggadah. Peut-être apporterait–il une explication.

hagaddah
- C'est quoi, le livre de la Haggadah, demanda Lisou-Bisou
- C'est un beau livre qui raconte en détail comment les Hébreux, il y a très longtemps, sont sortis d'Égypte, répondit Léa.
- Ok mais ce n'est pas un vrai livre d'histoire. On ferait mieux de regarder sur Google avec l'ordinateur l'histoire des pharaons et des pyramides, proposa Lisou-Bisou.
- Commençons par regarder le livre dont je te parle et si on ne trouve rien, alors on ouvrira l'ordinateur, conclut Judith avec autorité; il y a sûrement une  explication, mais laquelle?
- Le livre racontait que les pyramides avaient été construites par les Hébreux quand ils étaient esclaves.
- C'était pour les pharaons pour le jour où ils seraient morts, ajouta Léa.
- Ca, on le sait, dit Lisou-Bisou. Moi, j'ai un super beau livre dans ma chambre et qui raconte l'histoire de la belle reine Néfertiti; mais il n'y avait pas que les Hébreux qui étaient esclaves: tous ceux que le Égyptiens faisaient prisonniers quand ils gagnaient des batailles, devenaient leurs esclaves, ajouta-elle.
LIVRE;

- Oui, bien sûr, dit Judith,  mais ça n'éclaircit pas le mystère. Et si on allait interroger le Sphinx qui est à côté de la grande pyramide? Le Sphinx sait tout, c'est bien connu, il pourra peut-être nous expliquer quelque chose.
- T'as déjà vu des cartes postales qui parlent? T'es vraiment relou, lui répondit Lisou-Bisou.
- Relou toi-même, répliqua Léa. Parce que t'as déjà vu des pyramides qui voyagent peut-être?

Interrogeons le sphinx
Judith, Léa et Lisou-Bisou se mirent d'accord: il fallait interroger le sphinx sur la carte postale. On ne risquait rien à essayer. On verrait bien!

- Qui lui demande? demanda Judith.
- Toi, puisque c'est ton idée, dit Léa.
- D'accord. Hé, monsieur le sphinx, s'il vous plait, tu peux nous expliquer pourquoi ma pyramide est partie chez Léa?

 A leur immense surprise, le sphinx leur répondit, et en français, par-dessus le marché :

- Prenez, d'abord, je vous prie, le gros livre du récit de la sortie d'Egypte des Hébreux qui se trouve sur le bureau de votre père. Attention, il est lourd, ne le faites pas tomber!

Judith s'exécuta en se demandant pourtant comment il savait que ce livre était dans le bureau de son père! Les trois fillettes n'en revenaient pas. Léa  demeurait silencieuse.
Mais il ne fallait plus perdre de temps à se poser des questions sur les cartes postales qui parlent: on n'en était pas à un mystère  près. 
Elles posèrent le beau livre sur la table basse du salon, se mirent tout autour, à genoux, et tournèrent lentement  les pages. Parfois, les mots en français étaient un peu compliqués  et les fillettes  ne comprenaient pas toujours certaines phrases, alors elles sautaient.

- Si vous lisez attentivement le récit de la sortie d'Egypte, continua le sphinx, moi qui,  il y a quatre mille ans, ai vu passer les Hébreux traverser le désert et s'en aller vers la Montagne du  Sinaï, vous comprendrez le mystère des pyramides de vos cartes postales.

Soudain,  Lisou-Bisou, s'exclama
- J'ai trouvé, et elle se mit à sauter de joie. Vous lisez bien comme moi que Moïse a dit aux Hébreux qu'en partant d'Égypte, ils pouvaient emporter tous les biens des Égyptiens, en souvenir de leur travail de tant d'années sans jamais  avoir été payés?
- Tu as raison, lui répondit Léa et alors …..
- Et alors? Eh bien, il doit y avoir quelqu'un qui  s'est dit: moi, j'emporte une des pyramides. Et comme elles sont lourdes, je prends la plus petite!!
- N'importe quoi, s'exclama Judith

Mais le sphinx intervint à nouveau:
- Lisou-Bisou a vu juste. Je vais vous expliquer.
Et le sphinx commença son récit.

Le sphinx éclaircit le mystère

«En effet, parmi les Hébreux qui étaient partis, il y avait un jeune garçon, de dix-huit ans, un vrai colosse: Barak. Grand, athlétique et très séduisant, il avait de longs cheveux bouclés bruns et des yeux couleur noisette. En fait, il était le grand-père de Samson. 
Avant de partir et en écoutant Moïse, Barak s'est dit qu'il avait passé dix ans, depuis l'âge de huit ans, à charrier  des milliers de  pierres et des tonnes d'argile pour coller les pierres entre elles.  Cette pyramide était bien le fruit de son travail. Il pouvait donc l'emporter.
Son frère, Gideon avait   bien essayé de l'en dissuader car à quoi lui servirait-elle? lui avait-il demandé.
«Écoute, lui avait répondu fermement Barak. Il y a ceux qui emportent du blé, des troupeaux et de l'huile. Il y celles qui emportent des bijoux. Comment sais-tu que nous ne serons pas attaqués en route? Eh bien, nous pourrons alors nous réfugier dans  cette  pyramide que j'ai construite de mes mains et pour laquelle tant de mes amis sont morts de fatigue et d'épuisement». 
« Mais comment l'emporter car elle est très  lourde?»demanda  alors Gideon.
«Je sais comment; tu vas voir!», lui avait répondu Barak. 

Judith, Lisou-Bisou et Léa écoutaient scotchées au récit du sphinx qui continua ainsi:

«Alors  Barak, pendant des jours et des nuits précédant leur départ, assembla des rondeaux de bois qu'il avait attachés avec des cordes faites de roseaux cueillis au bord du Nil. Il avait trouvé trois énormes pierres qu'il avait polies  pour en faire trois roues solides.
Puis, par une nuit noire,  tandis que d'épais nuages cachaient la lune avant l'orage, il avait, avec ses dix meilleurs amis, des colosses comme lui-même, roulé le plateau de bois sur les roues de pierre, au pied de la pyramide. Quatre d'entre eux avaient escaladé la pyramide avec lui. Cinq étaient restés au sol. L'orage avait éclaté, déchirant le ciel. La pluie dégringolait par trombes rendant le sol glissant. Alors Barak lança l'ordre de pousser de toutes leurs forces la pyramide vers  l'espèce de chariot qu'il avait fabriqué. Et, aussi facilement que les felouques glissent sur le Nil, la petite pyramide se laissa glisser sur le chariot improvisé de Barak et de Gideon qui l'emportèrent avec eux dans le désert du Sinaï jusqu'au bord de la Mer des Joncs. Ils  étaient à l'arrière et fermaient le cortège des Hébreux».

Soudain Judith l'interrompit.
- La Mer des joncs? Tu t'es trompé. Tu veux sans doute parler de la «Mer Rouge», la Mer Rouge qui s'est ouverte? 
Mais, non, répondit le sphinx amusé. Ça c'est une bêtise des Anglais. Quand ils ont raconté cette histoire, ils ont bien parlé de la "Mer des joncs", mais «JONC» se dit «REEDS», en anglais, sauf que quelqu'un a mal lu; il a lu «RED» au lieu de «REEDS» et du coup on a cru que la mer était Rouge!!

- Ok, dac, mais «Mer des joncs» ou «Mer Rouge», qu'est ce qui s'est passé  après?  dit Léa, impatiente de connaitre la suite.
- Je sais, dit Lisou-Bisou: la pyramide  a coulé! Elle a disparu dans la Mer Rouge, ce qui nous explique pourquoi elle a disparu!!
- Oui, mais alors, interrompit Léa. Pourquoi est-elle venue sur ma carte postale?
- Parce que vous vous trompez toutes. Elle n'a pas coulé! Que vous êtes impatientes, vous ne voulez pas écouter  la fin de l'histoire?  intervint alors le sphinx.
- Si si, alors, que s'est-il passé après, toi qui sais tout, demanda Lisou-Bisou.

 Le sphinx expliqua. 
- La pyramide de coula pas. Elle traversa la Mer des Joncs  comme tout le peuple des Hébreux, les troupeaux, les sacs de blé et les jarres d'huile. Et même le cercueil de Joseph que le Nil avait fait jaillir hors de l'eau et qu'ils avaient promis d'emporter. Puis, vous vous souvenez bien sûr du jour où Moise monta  sur la Montagne du  Sinaï pour parler au Dieu des Hébreux?».

- Je t'expliquerai, dit Judith à Lisou-Bisou à voix basse.  C'est l'histoire du veau d'or. Pendant que Moïse était parti sur la montagne et ne revenait plus, les Hébreux ont cru qu'ils étaient abandonnés. Ils ont carrément paniqué, tout seuls dans le désert, t'imagines, alors  ils ont construit, parait-il un veau d'or qu'ils ont commencé à adorer comme si c'était un dieu en demandant au veau de les sortir de là!
- A un veau? Lisou-Bisou se mit à rire mais le sphinx continua.
- Arrête de rire et écoute: Moïse  revint avec les tables de la loi, deux pierres plates où étaient gravées  des instructions qui devaient indiquer aux Hébreux les nouvelles règles à suivre. Mais quand ils les vit à aplatis devant le veau d'or, il fut  tellement en colère qu'il  brisa ces tables de la loi et leur fit une montagne de reproches: qu'ils étaient revenus au temps où ils étaient esclaves, qu'ils avaient oublié le seul et unique Dieu, et qu'ils faisaient comme les Egyptiens en priant devant des statues ou des animaux. Qu'ils étaient de vrais idolâtres… bref qu'ils ne méritaient vraiment pas le mal que Moïse s'était donné pour eux!!
- C'est quoi être idolâtre? demanda Lisou-Bisou.
- C'est quand on adore des idoles, des images, des trucs en bois ou en pierre et qu'on croit qu'ils ont des pouvoirs magiques, dit Judith. .
- Mais attendez, continua le sphinx, ce n'est pas tout: Moïse, toujours furieux, aperçut soudain une petite pyramide au loin qu'il n'avait  pas vue jusqu'alors. Entrant dans une colère encore plus grande, il apostropha le peuple en criant: «comment! Je vous sors de l'esclavage et vous recommencez à construire des pyramides?!!».
Alors Barak s'avança et lui répondit humblement: «Moïse, apaise ta colère, nous n'avons pas construit cette pyramide; nous l'avons seulement emportée d'Égypte, obéissant à tes commandements; tu nous as dit d'emporter les biens des Égyptiens pour prix de notre travail? Eh bien, c'est ce que j'ai fait, car pour construire cette pyramide mes frères et moi nous avons sué  sang et eau….»
Alors, imaginez-vous que la colère de Moise s'évanouit aussitôt et même il se mit à rire.
Il dit alors à Barak:  «Cette pyramide de Mykerinos est le tombeau du Pharaon  Mékaouré. Vous n'aviez pas le droit d'emporter ce qui est sacré pour les Égyptiens, malgré les épreuves que vous avez endurées. De plus, en l'emportant avec vous, vous continuez de vous comporter en idolâtres. Et tant qu'elle sera parmi nous, l'idolâtrie et le passé de l'esclavage nous poursuivront. Nous voulons être des hommes libres et respecter  les dix commandements des tables de notre Loi, n'est-ce pas?».

Barak rapporte la pyramide en Egypte

Les fillettes écoutaient, médusées, le sphinx qui continua ainsi:
«Moise leur donna l'ordre de  ramener la petite pyramide en Égypte.
Barak et Gidéon se mirent en route, poussant la petite pyramide devant eux, aidés par le vent chaud du désert qui soufflait dans le bon sens. Mais, soudain des tourbillons de sable s'élevèrent devant eux, leur cachant le chemin. Ils étaient carrément perdus.
Ils aperçurent alors au loin deux pyramides; ils s'arrêtèrent, déposèrent la petite pyramide devant elles et  aussi vite qu'ils le purent, ils répartirent rejoindre Moïse et les Hébreux.
Il était temps: les Hébreux s'apprêtaient à entrer dans le pays de Canaan.
Barak et Gideon voulurent dire à Moise qu'ils avaient bien rapporté la Pyramide de Mykerinos  en Égypte.
Seulement, catastrophe, ils s'étaient trompés: ils l'avaient posée près de la pyramide d'Athribis au lieu de celle de Ghizé qui lui ressemblait mais qui n'était pas la bonne.
Et voilà pourquoi, continua le sphinx en souriant, la petite pyramide qui est partie de chez toi Judith  s'est retrouvée ailleurs, chez toi, petite Léa…. Car c'est vrai, c'est qu'elles se ressemblent beaucoup.»

Léa, Judith et Lisou-Bisou regardaient les deux cartes postales avec émerveillement.
- C'est un peu compliqué, dit Lisou-Bisou, qui demanda alors au sphinx s'il y avait des chances qu'on puisse la remettre un jour à la bonne place.

Mais le sphinx fit non de la tête, …….Et maintenant, motus et bouche cousue». Il se tut et mystérieux, garda le silence. Impossible de lui tirer un mot de plus.sphynx

Les trois fillettes trouvèrent cette histoire super mais quand même vraiment bizarre et Judith, Léa et Lisou-Bisou conclurent  que le mieux serait quand même d'aller un jour en Égypte pour en avoir le cœur net. Et c'est là qu'arriva la grande nouvelle: cette année, on passerait tous la fête de Pâques en Egypte, au pied du Mont Sinaï!!!

Mais ça, c'est la prochaine histoire…..