LISOU BISOU, FELIX ET LES HERISSONS
Week-end à la Campagne

Lisou-Bisou avait presque sept ans. C’était une petite fille aux boucles brunes retenues par des couettes et ce qu’elle aimait par-dessus tout, c’était  courir très vite, grimper aux arbres et jouer au ballon avec ses frères. La maison de Lisou-Bisou, dans la Cité des fauvettes, était petite mais pleine de chansons, de bonnes odeurs et de lits. Des lits, il y en avait huit si on ne comptait pas celui des parents, car Lisou avait sept frères. Mais celui avec lequel elle jouait le plus souvent, c’était Félix qui allait bientôt avoir dix ans.

Ce week-end, toute la famille était partie chez Grand-Père et Grand ‘Mère, dans la grande maison de Tourne-Boisset. Tous les cousins et cousines devaient s’y retrouver et, c’est sûr, on allait bien s’amuser!
La journée avait été joyeuse et le soir était presque tombé. Le dîner était terminé. On ne pouvait même pas entrer dans la cuisine pour chercher un verre d’eau, tellement il y avait d’assiettes, de verres et de couverts partout. Chacun était monté se coucher et le calme avait envahi la grande maison.
Grand-père avait pris Félix et Lisou-Bisou dans le jardin pour regarder la lune et les étoiles. Mais le ciel était couvert par d’épais nuages et on n’y voyait rien.

- C'est dommage, dit Lisou-Bisou. Il fait tout noir. On ne voit rien. On peut rentrer 
- Attendez, dit Grand-Père, si vous vous taisez, vous entendrez le hérisson.
herisson

Et Grand-Père raconta comment chaque soir, vers onze heures, un hérisson arrivait par le vieux portail de bois, avançait le long du mur et se promenait dans les feuilles jusqu’au fond du jardin.
Mais, la nuit était si noire que Lisou-Bisou voulut rentrer. Ils avaient décidé de dormir en bas, dans la chambre orange qui ouvrait sur le jardin.  Lisou  Bisou et Félix  allèrent  donc de se coucher. Comme  les yeux de Lisou-Bisou commençaient à se fermer, elle entendit alors Félix lui murmurer à l’oreille :

- Lisou, ne t'endors pas. Quand tout le monde dormira, on va aller voir le hérisson.
- D'accord, répondit-elle.

Lisou-Bisou et Felix à la rencontre des hérissons du jardin

Ils allumèrent la petite lampe de chevet entre leurs deux lits puis, sans faire de bruit, Félix prit la torche électrique que son oncle Éric lui avait achetée pour son anniversaire; tenant Lisou-Bisou par la main, ils sortirent dans le jardin en prenant bien soin de fermer derrière eux la porte de la maison très très doucement. Ils s'assirent sur les balançoires, au fond du jardin et attendirent. Dans la maison, les lumières s'étaient éteintes peu à peu.

- On dirait que tout le monde s'est couché, dit Lisou-Bisou. J'espère que le hérisson va bientôt arriver car je commence à avoir froid.
- Chut, répondit Félix, écoute, ne bouge pas surtout, je crois que je l'entends.

Alors, ils virent, en effet, un gros hérisson s'avancer doucement le long du vieux mur, près du cerisier et entre les hortensias et traverser le jardin.
Félix avait braqué sa torche sur son museau et  le hérisson n'osait plus avancer.

- Regarde, dit alors Lisou, il y en deux autres, un grand et un petit. Ce doit être la maman et leur enfant. Comme ils sont mignons.
- On devrait leur attacher sur le dos des ballons de couleur, comme ceux du Mac Do. Comme ça, au moins on ne les perdrait pas. Et si on leur donnait un nom. Je sais, on n'a qu'à les appeler ……
- «Jules», pour le plus gros, le papa, proposa Félix,
- Et « Lola », pour la Maman, proposa Lisou-Bisou. Et le petit, on l'appelle comment ? Tu as une idée ? Nino ou Nina, pensait Lisou-Bisou.
- Pendant que tu cherches, empêche-les de partir. Attends-moi ici, dit Félix, je vais rentrer dans la maison, chercher un gros carton et on les mettra dedans. Comme ça, on les montrera à tout le monde demain matin.

Zut la porte est fermèe!

Mais quand il voulut ouvrir la porte de la maison, il s'aperçut qu'elle était fermée. Zut! Personne n'avait entendu les enfants sortir et Grand-Père avait mis la clé dans la porte: on ne pouvait plus rentrer!! Lisou-Bisou se mit à renifler.
- Ah, tu ne vas pas te mettre à pleurer, dit Félix à sa petite sœur.
- Mais je ne pleure pas. J'ai seulement un peu froid, c'est tout, dit Lisou-Bisou, vexée. Comment on va rentrer maintenant? T'as une idée?

Pendant ce temps, les hérissons étaient partis.
Félix examina toutes les fenêtres de la maison. Toutes étaient fermées sauf une: heureusement, dans la chambre verte, là-haut, il y avait une petite lumière. C'était Alain, l'aîné  des frères  qui, comme toujours, lisait des livres très tard pour devenir docteur.
- Alain, cria très doucement Lisou-Bisou.
- Pas si fort, tu vas réveiller tout le monde et on va se faire gronder.
Les deux se mirent à appeler Alain. Mais celui-ci  n'entendait pas.
Félix regarda la vigne vierge qui montait le long du mur et comme avec Lisou-Bisou, ils  grimpaient aux arbres comme des acrobates,  Félix proposa :
- Je vais grimper et toi, tu restes dessous. Si je tombe, tu me rattrapes.
- Non, répondit Lisou, c'est moi qui grimpe et c'est toi qui me rattrapes! Tu es trop lourd et si tu tombes,  je ne pourrai pas t'attraper.

Mais, en réalité,  ni Félix ni Lisou ne parvenaient à grimper.
Alors Félix eut une autre idée.
- Lisou, prends les petits cailloux devant la maison. On va les lancer contre la fenêtre de la chambre verte.
- Bonne idée, dit Lisou-Bisou qui en prit une peine poignée. A la une, à la deux à, à la trois. Vroum!!!!

Une nuée de petits cailloux volèrent jusqu'à la fenêtre éclairée avec un bruit terrible. Mais rien ne se produisit. Le seul résultat c'est qu'ils  reçurent les cailloux sur la tête Que faisait donc Alain qui n'entendait rien ?  Est-ce qu'il dormait ? Mais  il y avait pourtant de la lumière dans sa chambre!

Alors Lisou eut une autre idée. Elle courut vers le robinet du jardin, prit le gros tuyau jaune et dit à Félix d'ouvrir l'eau. L'eau jaillit en les éclaboussant très fort. Soulevant alors le tuyau, elle envoya le jet d'eau vers la fenêtre. Ils étaient trempés de la tête aux pieds.
A ce moment, heureusement, la fenêtre s'ouvrit et la tête d'Alain apparut.
- Je suis trempé! -Mais qu'est-ce que vous faîtes dehors, à cette heure ?
- Ça a marché! Ça a marché! criait Lisou à tue-tête en dansant sous le jet d
- Alain, descends et viens nous ouvrir, on est enfermé dehors, on t'expliquera après,  cria Félix à Alain qui quelques instants après fut dehors et les fit rentrer  dans la maison.

Ils expliquèrent alors à Alain leurs aventures avec Jules, Lola, Nino ou Nina vu que Lisou-Bisou ne savait pas si c'était une fille ou un garçon!
Alain les sécha vigoureusement et les mit au lit où ils s'endormirent aussitôt.

Il a plu ou il n'a pas plu…….

Le lendemain matin, Grand-Père fut très étonné de voir, devant la maison, toutes ses fleurs arrosées alors qu'il n'avait pas plu. Félix lui répondit que ce devait être le hérisson puisqu'il avait laissé le tuyau jaune traîner derrière lui.

- Le hérisson ? mais quel rapport avec les fleurs mouillées  et que fait le tuyau jaune devant la maison? lui répondit grand père très surpris.

Heureusement Alain parla d'autre chose et Grand-mère donna à Grand Père une liste de courses pour aller au marché. Félix et Lisou-Bisou  en profitèrent pour sortir  dans le jardin ; ils grimpèrent dans le cerisier plein de cerises rouges.
- C'est pour ta tarte, Grand'Mère, crièrent-il, on va en cueillir plein, on en mange quelques-unes, mais ne crains rien, on ne les mangera pas toutes. Tu nous donnes un panier ?

- Bonne idée, les enfants,  approuva Grand-Père, ça fait bien longtemps que Grand-Mère ne nous a pas fait de tarte .
- Et s'il en reste, on pourra la donner aux trois hérissons ? demanda Lisou -Bisou.
- Quels trois hérissons ? demanda Grand-Père.

Lisou-Bisou, Félix et Alain éclatèrent de rire et Grand-Mère leur donna un énorme panier. La tarte fut succulente, Lisou-Bisou en cacha un morceau dans les feuilles et le lendemain matin le petit bout de tarte avait disparu!