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LA FIN DE L'ANNEE
Lisou-Bisou habitait dans la Cite des Fauvettes. De ses sept frères, Felix était son préféré. C'était l'avant dernier des garçons mais le seul qui acceptait de jouer avec elle. Au rez de chaussée, il y avait la boulangerie d'où montait chaque matin les bonnes odeurs de croissants et de pains au chocolat.
Noël allait bientôt arriver. L'école était presque finie et Lisou-Bisou avait été félicitée pour ses bonnes notes. Evidemment, elle restait encore un peu bavarde mais son papa avait dit que ce n'était pas grave, du moment qu'elle était une bonne élève.
L'année s'achevait bien pour tout le monde puisque les frères de Lisou-Bisou avaient aussi rapporté à la maison de bons livrets scolaires. Alors, pour récompenser toute Ia famille, le papa et la maman de Lisou-Bisou avaient décidé, chose exceptionnelle, d'aller passer les vacances de Noël à Ia montagne: or, par miracle, Noël tombait à peu près en même temps que la Fête de Hannoucca.
Et chose encore plus exceptionnelle, Lisou-Bisou avait pu inviter ses meilleures amies, Marianne et Fatiha, à venir aussi, car les parents avaient loué un grand chalet, à Saint-Pierre de Chartreuse, au milieu des sapins et aux pieds des pistes.
On avait donc essayé les combinaisons de ski, les collants de laine, les aprés-skis bien chauds, les bonnets, les cagoules, vérifié qu'on avait bien les deux mêmes gants des mêmes paires pour éviter, comme certaines fois, d'avoir un gant vert et un gant bleu! Lisou-Bisou avait enfilé la combinaison rouge fluo de Felix, un peu grande, mais ça allait quand même, et elle avait passé la sienne à Fatiha car Fatiha était plus petite.
En prévision de la fête de Hannoucca, on avait mis dans une des valises des toupies et des bougies; maman avait emporté la recette des beignets dont Lisou-Bisou raffolait et celle des galettes de pommes de terre que Felix préférait mêmes aux frites! Marianne avait pris une recette facile de bûche aux marrons pour le soir de Noël et Fatiha, celles des cornes de gazelle dont tout le monde se régalait.
Mais surtout, on avait envelopé soigneusement, dans une serviette, le très beau chandelier en argent à huit branches, la Menorah , qui venait de I'arrière Grand-Mère russe de la maman de Lisou-Bisou.
II y avait d'ailleurs eu, à ce sujet, une vraie dispute: le papa de Lisou-Bisou avait trouvé inutile d'emporter ce beau chandelier alors qu'à la maison, it y en avait d'autres aussi jolis, peut-être moins précieux et surtout moins lourds. Mais, ii n 'y avait rien eu à faire; la maman de Lisou-Bisou avait insisté: une fête de Hannoucca sans cette Menorah qui lui venait de ses ancêtres de Russie, ce n’était pas possible. “II faut respecter les traditions, Ia mémoire des ancêtres et celle des disparus!», avait-elle ajouté.
Lisou-Bisou ne savait pas ce qu’étaient des “ancêtres”, ni des “traditions”. Quant aux “disparus”, elle était sure qu'il devait s'agir de tous les chandeliers qu'on avait perdus pendant le voyage depuis la Russie.

Car la Russie, elle savait très bien que était un pays lointain, où on ne parlait pas le français et où les petites filles jouaient avec des poupées qu'on emboitait les unes dans les autres.
En vérité, elle pensait que les “ancêtres” étaient les poupées babouchka de Ia vitrine du salon.
Bref, on avait done emporté le chandelier d'argent, la fameuse Menorah, soigneusement enveloppée.
On chargea la grosse voiture avec, sur le toit, les valises d'habits et de chaussures, les valises de livres, les coffrets de DVD, les jeux de société, sans oublier les skis et surtout la vieille luge de bois qui avait déjà connu tant de descentes, de chutes et de fou-rires.
Le voyage fut très joyeux et passa très vite: les filles, installées sur Ia banquette arrière, avaient regards sur I'ordinateur de leur papa les mangas, et les garcons, juste derriere, les aventures d'Harry Potter sur l'ordinateur d'Alain.
Ils s'étaient juste arrétés sur l'autoroute pour se détendre et pour que le papa de Lisou-Bisou puisse boire un café bien chaud.
Ils avaient avalé les bons sandwichs que la maman de Lisou-Bisou avait préparés et grignoté les chips en essayant de ne pas en mettre partout dans Ia voiture.
Tâche, en fait, tres difficile
Comme les routes avaient été déneigées, ils arrivérent trés vite à St Pierre de Chartreuse, au chalet des marmottes farceuses.
lls avaient loué le premier et deuxiéme étage tandis que les propriétaires, M. et Mme Andrieu, occupaient le rez de chaussée avec leurs quatre enfants. Un bon feu avait été allumé dans la cheminée, gentille attention de Madame Andrieu. Chacun choisit alors sa chambre. Les filles décidèrent d'aller tout en haut. On mit les valises et ce soir-la, il fut décidé que tout le monde irait manger de bonnes pizzas.
Le diner fut expédié car tout le monde était fatigué et le retour vers le chalet fut rapide. Dehors, pas un bruit: le manteau de neige étouffait tous les sons. Les yeux de tous se fermèrent très vite et même Lisou-Bisou, Marianne et Fatiha, qui d'habitude bavardaient de longs moments, couchées sous les couettes fleuries, douces et épaisses que madame Andrieu avait préparées, s'étaient aussitôt endormies.

LA PREMIERE BOUGIE AU CHALET DES MARMOTTES FARCEUSES
Le réveil fut joyeux; un soleil radieux traversait les persiennes. Le petit déjeuner fut vite avalé. Les combinaisons de ski, enfilées, tous allèrent prendre les forfaits des remonte pentes; on Ioua des chaussures de ski pour ceux qui n'en avaient pas, des skis, des batons et enfin ce fut le départ vers les pistes. La neige était bonne. Le soleil était au rendez-vous. Les queues au télésiège étaient courtes. Bref, les vacances s'annonçaient bien
Le retour au chalet fut bruyant: prendre vite une bonne douche chaude, se changer, mettre une tenue de fête car ce premier soir était aussi le premier jour de HANNOUCCA et Lisou-Bisou comme ses frères étaient impatients de recevoir leurs cadeaux, sans oublier bien sur Marianne et Fatiha.
La table était recouverte d'une belle nappe blanche apportée de la maison. Dans la cuisine, on voyait une montagne de beignets au miel déjà préparés et ces palettes de pommes de terre dont tous raffolaient.
Les toupies étaient prêtes à tournoyer et le beau chandelier d'argent à huit branches portait ce premier jour, deux bougies: I'une, rouge, le chamach, “le serviteur” qui allait servir a allumer l'autre, la bougie blanche, la première d'une series de huit bougies qu'on allumerait chaque jour jusqu'au huitième jour.
On chanta. On raconta le miracle de la petite lampe d'huile qui, il y a tres frès longtemps, avait brulé huit jours dans le temple de Jerusalem reconquis par les Hébreux débarrassés des Grecs qui du coup, étaient retournés chez eux, en Grèce!
Lisou-Bisou regardait le chandelier qui étincelait des feux des deux bougies et du reflet de la braise qui rougeoyait dans la cheminée.
Mais, alors que le moment tant attendu des cadeaux arrivait enfin, on frappa à la porte. Monsieur et Madame Andrieu avaient été invités à se joindre a la fête et Lisou-Bisou leur proposa aussitôt les bons beignets de miel.

Soudain, Madame Andrieu s'approcha du chandelier d'argent, le regarda attentivement. Lentement elle passait son doigt sur les gouttes de cire rouge fondues que le petit “serviteur”, le chamach, avait laissé couler comme de petites larmes. Elle regardait attentivement le chandelier sans toucher aux beignets que Lisou-Bisou lui avait apportés.
Puis, elle se tourna vers la maman de Lisou-Bisou et la questionna.
- D'où vient ce chandelier? chère Suzie, il est vraiment magnifique.
ll vient de ma famille de Russie, de mon arrière-grand-mère, pour étre plus précise et merci, il est en effet, magnifique mais pourquoi me posez-vous la question, chère Rosette?
- Parce que c'est très étrange, répondit madame Andrieu, mais quand j’étais petite, il y avait à la maison un chandelier qui était exactement pareil. ll avait été amené, je crois, par des cousins que mes parents avaient accueillis quelques des mois, pendant la guerre; oui, ces cousins venaient, je crois, d'Alsace, car ils avaient un drôle d'accent quand ils parlaient le français et nous les enfants, ça nous faisait rire. Ma petite cousine, Lisa, dormait dans ma chambre et souvent même nous dormions dans le même lit. Et exactement comme vous, au moment de Noël, on allumait tous ce chandelier juste à côté du sapin.
- Et vous ne l'avez plus? demanda Lisou-Bisou
- Non, je ne sais pas ce qu'il est devenu. En fait, nos cousins, quand la guerre s'est terminée, sont partis.
- Ils avaient-ils apporté ce chandelier? demanda Fatiha.
- Je ne suis pas sure mais je crois bien. L'ont-ils emporté en partant? Je ne sais pas, non. Tout ceci est si lointain, ca me remue tant de souvenirs. Mais ce dont je suis certaine, c'est qu'il ressemblait comme deux gouttes d'eau à celui-là.
Tout le monde était suspendu au récit de Madame Andrieu.

Tu ne m'as jamais raconté cette histoire, intervint Monsieur Andrieu, et ces cousins d'Alsace, tu ne m'en as jamais parlé non plus.

  • C'est vrai, mais en fait, je ne suis pas sure qu'ils étalent des cousins: c'est seulement ce que mes parents nous ont dit a l'époque.
  • Et votre cousine, Lisa, vous ne la voyez plus? demanda Lisou-Bisou

Non, je ne sais pas ce qu'elle est devenue et j'avais complètement oublié cette histoire jusqu'à ce que je vois ce chandelier....D'ailleurs, je pense soudain quelque chose. Attendez, je reviens, j'en ai pour une seconde.
Rosette Andrieu avait en un clin d'oeil quitté le salon. Elle avait dévalé l'escalier de bois et de retour dans sa maison du rez de chaussée, elle avait ouvert le tiroir caché d'une vieille commode de bois d'ébène qui se trouvait dans sa chambre. Puis elle avait remonté quatre à quatre les marches de bois et, les joues roses d'excitation, elle avait apporté un vieil album photo et l'avait alors posé sur la table, près de la menorah d'argent. Elle avait alors ouvert les pages jaunies, tenant dans sa main un tout petit objet d'argent noirci.

  • Voila, s'écria- t- elle. Regardez: “1943”: voila les photos du chalet. Ma grand-mère, la, mon grand-père ici, mes parents, moi toute petite et ici ma cousine Lisa et à côté mon frère Robert, qu'on appelait Bob.

Tout le monde voulait voir.

  • Et voila notre Noël 1943, dit madame Andrieu; regardez, à côté du sapin, la, sur la table, vous voyez bien le chandelier!

Tous s'exclamèrent qu'en effet il ressemblait à celui sur lequel les deux petites bougies rouge et blanche étaient en train de se consumer;
-              Et maintenant, regardez ce que je viens de trouver, au fond du tiroir, à côte de ce vieil album photos que je n'avais pas ouvert depuis quarante ans! Le petit godet d'argent un peu noir que j'ai dans la main, regardez!
- c'est exactement le méme Chamach,  le petit “serviteur”, s'exclama Lisou-Bisou, celui qui sert a allumer les autres bougies, que celui qui est la, sur le côté de notre chandelier d'argent, ici.

Toute me monde voulait voir.

  • Wouah! Incroyable dirent en cceur, Félix, Marianne et Fatiha.

Madame Andrieu, Rose, les yeux embués de larmes étaient pensive. Toutes ces années qui avaient passé, toutes ces années et qu'étaient-ils devenus? Lisa et ses parents?
- Mais alors, s'exclama Lisou-Bisou, ca veut dire que vous étiez juifs puisque vous allumiez ce chandelier de Hannoucca?
- Non, répondit Madame Andrieu, en souriant, nous n'étions pas juifs.... Et nous ne le sommes toujours pas. A l'époque, on faisait même d'ailleurs une crèche et on allait tous ensemble à Ia messe de minuit! Mais peut-être que nos cousins d'Alsace étaient juifs....S'ils étaient bien nos cousins!
Mais ca ne se peut pas, déclara Felix, dans une même famille, on I'est ou on ne l'est pas!

  • Qu'est-ce que tu racontes, intervint Marianne, moi dans ma famille, on fête toutes les fêtes parce qu'on est de toutes les religions!

Pendant que Ia discussion portait sur ces questions religieuses et familiales, Lisou-Bisou, l'esprit pratique, avait une seule idée en tête. La premiere supposition, c'était de penser que ce chandelier avait appartenu aux cousins d'Alsace. Si c'était le cas, ils avaient oublié le chamach: donc ii fallait le leur rapporter. Mais comment? Comment les retrouver. II suffisait de connaitre leur nom.

  • Madame Andrieu, demanda-t-elle, it n'y a pas leur nom écrit, quelque part, sur l'album?

Elles tournerent toutes les pages de!'Album sans résultat.

  • Je sais, dit alors Marianne: le nom doit étre au dos de Ia photo. II faut juste Ia décoller; en plus, c'est super facile, les photos ne sont pas vraiment collées, elles entrent juste dans de petites fentes, aux quatre coins.

Délicatement, Madame Andrieu retira la photo et la retourna....
Mais déception: il y avait seulement la date très lisible: Noël 43 et quatre prénoms: Lisa, Rosette (le prénom de Madame Andrieu), Robert (le frère de Rosette), Jacques et Nicole, les prénoms des autres cousins d'Alsace qui se tenaient debout, à côté du sapin.
La maman et le papa de Lisou-Bisou, Madame et Monsieur Andrieu chuchotaient ensemble des secrèts que Lisou-Bisou aurait bien voulu connaitre mais l'heure avançait, il se faisait tard. Les deux petites bougies avaient fondu:
-              on verra tout cela demain, dit le papa de Lisou. Demain est une autre journée de ski et on annonce un beau soleil. Allez tout le monde au lit.
-              Mais, il me semble qu'on a oublié quelque chose? dit la maman de Lisou-Bisou en riant.
On procéda alors à Ia distribution des cadeaux.
Les sept frères de Lisou-Bisou furent gatés et heureux de leurs cadeaux; surtout Félix qui recut un train électrique avec plein de gadgets. Marianne, Lisou-Bisou et Fatiha reçurent exactement ce qu'elles désiraient le plus: Marianne, une boite à bijoux, Lisou-Bisou, un journal intime électronique et Fatiha, un MP4 pour écouter de la musique.
Les Andrieu prirent congé en oubliant l'album photos et le petit chamach sur la table.
Vite on rangea les restes des beignets, les verres et les assiettes dans le lave-vaisselle. Chacun se souhaita une bonne nuit. Toute la maison redevint silencieuse. Que d'émotions! La maison était toute endormie.

Mais, dans leur chambre, sous leurs couettes fleuries, Lisou-Bisou, Marianne et Fatiha parlaient avec animation. Pas question de dormir! Sur la pointe de leurs pieds nus, elles descendirent l'escalier en essayant de ne pas faire craquer le bois.

  • Prends la photo de la menorah, demanda à voix basse Lisou-Bisou à Marianne.

Puis Lisou-Bisou décrocha ensuite le petit chamach .
-              Prends maintenant, s'il-te-plait, deux photos, celle du chandelier sans le chamach et celle du chamach tout seul, continua Lisou-Bisou.
Fatiha, avait quant à elle, pris la lampe électrique et éclairait le chandelier.
- Et maintenant qu'est-ce qu'on fait avec les photos, demanda Marianne.
-D'abord, on emporte avec nous l'album photos de madame Andrieu et on va chercher l'ordinateur d'Alain, chuchota Lisou-Bisou. On va aller dans la chambre des garcons, ne faites pas de bruit.
Mais dans I'obscurité et dans le désordre des montagnes d'habits des garcons, c'était comme essayer de trouver une perle dans un cageot de pommes.
-Lisou-Bisou, écoute, on fera ça demain. Allons-nous coucher, je suis crevée, proposa Fatiha qui ajouta qu'elle voulait essayer son MP4 et écouter ses chansons préférées.

Lisou-Bisou et Marianne pensèrent qu'elle avait raison et qu'il valait mieux maintenant aller dormir.... Mais elles chuchotèrent quelques mots à voix basse avec un fou rire

Lisou-Bisou, écrivit sur la première page de son journal intime: “23 décembre, nous avons fête le premier jour de Hannoucca à Saint Pierre de Chartreuse et nous allons résoudre un mystère EXTRA-OR-DINAIRE!I”
Marianne tourna la clé de sa boite à bijoux qui fredonna la petite “musique de nuit” de Mozart               et Fatiha s'endormit, ses nouveaux écouteurs dans les oreilles.
Les trois amies s'étaient endormies en un clin d'oeil.
UN TEMPS DE CHIEN
Le lendemain matin, Lisou-Bisou fut la première à ouvrir un oeil. Oh! Déception: dehors, il neigeait à pleins flocons. La neige tombait drue et on ne voyait rien à travers la fenêtre: les sapins avaient disparu; le clocher de l'église, envolé; la voiture, invisible. La météo s'était trompée, elle qui avait annoncé qu'il ferait soleil.
Vite, elle enfouit son visage sous la couette. Pas la peine de sortir du lit. Ce n'était pas un temps à mettre le nez dehors. D'ailleurs, dans le chalet, on n'entendait aucun bruit.
-              Tu dors, demanda Lisou-Bisou a Marianne qui avait bougé.
Non, je sors d'un rève, tu n'imagines pas! répondit Marianne, d’une voix endormie.
-              Moi aussi je suis réveillée, dit Fatiha, et depuis longtemps mais en voyant ce temps, je me suis rendormie. Vous croyez qu'on va aller skier?
Marianne n'avait pas du tout envie d'aller skier mais de rester au chalet. Elle avait, en fait, une idée derrière la tête et toute cette neige faisait son affaire. Dans la maison, les parents s'étaient levés et la maman de Lisou-Bisou était dans la cuisine en train de préparer les bols du petit déjeuner, les céréales, les tartines, le café, le Nutella. Les garcons arrivèrent affamés et pressés de partir dévaler les pentes.
Mais les petites étaient restées sous leurs couettes et bavardaient
-              Vous ne venez pas déjeuner? leur cria Felix. Dépêchez-vous, on est en retard.
Ne nous attendez pas, répondit Lisou bisou? il fait trop moche.

Les garcons eurent beau insister que le temps allait sans doute se lever et le soleil revenir, les petites filles expliquèrent qu'on ne voyait pas à un mêtre, qu'il neigeait beaucoup trop et qu'on ne verrait pas les pistes; bref, qu'elles préféraient rester à la maison et s'amuser.
En vérité elles avaient de bonnes raisons de vouloir demeurer au chalet mais ça, c'était un secret
Au fond, moi aussi, je reste, dit alors la maman de Lisou-Bisou
Et bien moi, je pars avec les garcons, décida le papa. Au moins, préparez nous encore de bons beignets quand on reviendra et ...n'oubliez pas, ce soir, c'est deux bougies
Les garcons partis, les lits faits et la maison rangée, Lisou-Bisou et Fatiha montèrent vite s'habiller puis entrèrent dans la chambre des garcons à la recherche de l'ordinateur. Pendant ce temps, Marianne était descendue chercher l'album photos que madame Andrieu avait heureusement oublié la veille sur la table, et le petit Chamach puis était remontée.
Et là, à plat ventre, par terre, elles décidèrent de la stratégie suivre: comment retrouver les cousins d'Alsace, Lisa, Jacques et Nicole qui au Noël se tenaient à coté de Rosette à cote du sapin comment leur rendre le petit chamach qui manquait à leur chandelier?
Facebook!! crièrent-elles en choeur, Facebook, bien sur.
Oui, mais qu'est-ce qu'on va mettre?
On va, écrire un message et mettre les photos de l'album, les photos du chandelier et les photos du chamach qu'on a prises hier soir, proposa Marianne.
Lisou-Bisou écrivit alors: “Chers amis, avis à tous ceux et toutes celles qui connaissent Lisa, Jacques et Nicole. Vous habitez peut être en Alsace aujourd'hui; mais quand vous étiez petits en 1943, vous avez fêté Noël et Hannoucca à Saint Pierre de Chartreuse au chalet avec Rosette. Chers Lisa, Jacques et Nicole, moi, avec mes amies et mes parents, je suis au chalet de Saint Pierre de Châtreuse et Rosette, l'amie de ma maman, aimerait bien vous retrouver; on a le même chandelier que celui qui est sur la photo, à coté du sapin. Et surtout, on a retrouvé le petit chamach de votre chandelier que vous avez oublié. Regardez les vieilles photos et regardez notre chandelier. On attend de vos nouvelles.”

Tu crois qu'on a bien tout expliqué? demanda Lisou-Bisou inquiète.
On peut peut-etre le dire en anglais, proposa Marianne, car ils sont peut-etre partis en Amérique?
Pourquoi l'Amérique, demanda Fatiha, plutôt que l'Italie ou l'Algérie? d'où venait la famille de Fatiha.
Les fillettes discutèrent pour savoir s'il fallait traduire ce texte dans beaucoup de langues. Mais finalement, elles y renoncèrent car, en vérité, elles n'en connaissaient aucune. Alors, elles demandèrent l'aide de Google pour les aider. Et voilà ce qui en ressortit:
"Dear, friends, opinion(notice) in all those and all those who know Lisa, Jacques and Nicole. You live can be in Alsace today; but when you were small in 1943, you celebrated Noël and Hannouca in Saint Pétér of Chartreuse in the chalet with Rosette. Dear(expensive) Lisa, Jacques and Nicole, me, with my friends and my parents(relatives), I am in the chalet of Saint Pétér(dory) and Rosette, the friend of my mom, would like to find you; we have the same candlestick as the one who is on the photo, next to the, fir tree. And especially, we found the chamach young of your candlestick which you forgot. Look at the old photos and look at our candlestick. We expect from your news(short)”
Alors, tres concentrée, Marianne aida Lisou-Bisou à télécharger les photos sur Facebook avec les deux textes. Puis elles descendirent avec l'ordinateur dans le salon.

Comme la maman de Lisou-Bisou leur demandait ce qu'elles avaient fabriqué là-haut si longtemps, elles répondirent, évasives, qu'elles avaient fait une partie de Mille Bornes. Mais comme le Mille Bornes n'avait pas quitté le tiroir de la cuisine, la maman de Lisou-Bisou se demanda pourquoi elle racontait des histoires. Mais le temps s'était levé, la neige avait cessé. La maman proposa de faire un peu de ski.

LE MIRACLE
Le diner s'était déroulé dans la bonne humeur: on avait allumé les bougies, offert et reçu de nouveaux petits cadeaux.
Pourtant, Lisou-Bisou était déçue.
L'ordinateur était resté silencieux.
Si les cousins d'Alsace n'étaient pas des cousins?
S'ils n'habitaient pas l'Alsace? Si le chandelier n'avaient jamais été à eux?
S’ils avaient changé leurs prénoms?
S'ils ne comprenaient ni le français, ni I'anglais     
Si, Si, Si ....
Pendant que les trois fillettes imaginaient le pire, Ia météo annonça une belle journée.
-              Allez, les filles, demain vous viendrez avec nous descendre le col des Grands Montets. Allez vite vous coucher, dit le papa de Lisou-Bisou.
Les fillettes montèrent, le coeur un peu lourd. Elles se demandaient s'il n'y avait pas un autre moyen. Marianne suggéra de demander I'aide des garcons mais Lisou-Bisou répondit qu'alors ce ne serait plus leur secret. Fatiha lui répondit qu'il valait mieux se faire aider que garder un secret qui ne servait à rien. Mais Lisou-Bisou, tint bon. On ne dirait rien a personne. II fallait avoir un peu de patience.
Chaque jour, les pistes de ski voyaient dévaler Ia joyeuse bande du Chalet des marmottes farceuses: les enfants remportaient des étoiles et des chamois de bronze et d'argent.
Chaque soir, le magnifique chandelier d'argent, la Menorah, s'enrichissait d'une nouvelle petite bougie que le petit chamach sagement allumait.

Alors la grand-mère raconta.

  • Vous savez que je suis née très loin d'ici, dans un très beau pays qui s'appelle la France. Il se trouve très loin, de l'autre côté de ....

- Non, nous étions très bien. Tu sais j’étais petite et je ne me souviens plus exactement. J'allais à l'école avec ma petite cousine Rosette. On faisait de la luge. On fêtait Noël avec un beau sapin et le pére Noël nous apportait des petits cadeaux: le plus beau pour moi, ce fut une tablette de chocolat, un magnifique cadeau alors! Mais on allumait aussi le chandelier a côté du sapin pour ne pas oublier Hannoucca. Et puis, la guerre s'est terminée. On est repartis. Très loin. On a emporté le chandelier jusqu'ici mais je ne m'en suis jamais servi jusqu'à aujourd'hui.
- Bien sur, car il avait perdu petit chamach, interrompit à nouveau Rosy.
-Perdu ou oublié, je ne sais pas, répondit la grand-mère, Lisa. Mais ma chérie, ce que tu ne sais pas encore, c'est que tu t'appelles Rosy en souvenir de ma petite cousine française, Rosette
- Mais Mamy, en vérité, c'était ta cousine? demanda Rosy
- Non, mais à l'époque, c'est ce qu'on nous avait dit. De fait, mais ca, je l'ai su longtemps après, nous avions simplement été accueillis par une famille formidable et qui n'était pas juive. C'était des moments magiques. Puis nous sommes partis, frès loin jusqu'en Australie et je n'ai jamais eu de leurs nouvelles.
- Mais Mamy, vous ne leur avez pas donné des nouvelles?
-Tu sais, Rosy, j’étais petite, mes parents ont refait une nouvelle vie, ici a Melbourne; ils ont travaillé très dur. lls ont appris I'anglais, un autre métier et la France c'était très loin

Je trouve ca bien triste. Mais Mamy, si on essayait aujourd'hui de les appeler. Et on retrouverait peut-être aussi le chamach peut-etre vous l'avez bien oublié chez eux... et alors, peut-etre l'ont-ils encore? Elle s'appelait comment, la petite fille Rosette?
-              Elle s'appelait Rosette Aubrisson mais elle a du se marier et changer de nom. ca va etre difficile de la retrouver... mais elle avait un frère qui habitait le meme village, mais comment s'appelait ce village? ca, je ne me souviens plus. Attends que je me souvienne du prénom du frère de Rosette.... Je me souviens, un vrai miracle! Oui, il s'appelait Robert, Robert Aubrisson et on I'appelait Bob!
Quelle excitation! Rosy se précipita sur I'ordinateur à la recherche de Robert Aubrisson. France. Pourvu qu'il n'y en ait qu'un seul, dit-elle à voix haute ce que tous pensaient tout bas. L'ordinateur cherchait, cherchait.. et soudain kling, un nom apparut: Robert Aubrisson, médecin généraliste à Saint Pierre de Chartreuse!! 00 33 4 57 42 89
-              -Gagné! waoua!!, cria Rosy.
- Eh bien, Mamy, fais le numéro, appelle-le, dit Rosy.
Bien sur, tout le monde fut évidemment d'avis d'attendre un peu. Il faut se souvenir, en effet, qu'à l'heure ou Rosy allumait les bougies à Melbourne, c'était le plein été et on était le soir, alors qu'à Saint Pierre de Chartreuse, c'était l'hiver, le matin, et Lisou-Bisou se réveillait a peine.
Rosy, toute excitée alluma les huit bougies avec une petite bougie rouge qui tenait sur un minuscule bougeoir de verre.
Tout le monde chanta les chansons de Hannoucca.

Comme il faisait très chaud, on dégusta les bonnes glaces à la mangue et à la vanille et des boissons glacées délicieuses, mélange de jus de goyave et de pêches.
Deux heures avaient passé. Le moment d'appeler était venu: en France, il devait être neuf heures du matin. Alors, Lisa composa le numéro de Robert Aubrisson.
La sonnerie sonnait, sonnait. En Australie, tout le monde était silencieux.
Enfin, quelqu'un décrocha.
-              Je voudrais parler à Robert Aubrisson, demanda la mamie de Rosy, en très bon français.
-              Mamie, je t'en supplie, mets le haut-parleur pour qu'on entende, demanda Rosy.
-              De Ia part de qui? répondit une voix enfantine.
-              De la part de Lisa, Lisa, sa cousine d'Alsace. Ca fait très longtemps mais il va se souvenir...
A Melbourne, Rosy, la petite australienne, ne connaissait pas le français mais ça, elle avait compris.
Au bout de quelques secondes qui lui parurent des heures, on entendit une voix masculine.

  • Lisa, Lisa, mais c'est incroyable. Tu veux dire la petite fille qui était chez nous pendant la guerre? Mais d'où parles- tu? De Melbourne? C'est incroyable. lmagine toi que ma soeur, tu te rappelles Rosette, hé bien elle m'a parlé de toi hier soir

Robert expliqua, en effet, qu'hier, Rosette avait allumé des bougies avec des amis qui avaient loué le chalet pour Noël et qu'ils avaient exactement le même chandelier que celui des parents de Lisa. Alors, ça lui avait rappelé des souvenirs et, de retour a la maison, elle lui avait téléphoné pour le lui raconter. Lisa, la mamy de Rosy tres émue confirma. C'est bien là que nous avons été cachés.


- Imagine-toi, Lisa, continua Robert, que Rosette, a retrouvé l'album photo de l'hiver 43 où nous étions tous ensemble. Et elle a même retrouvé un petit bougeoir d'argent dans le même tiroir              
- The Chamach, cria Rosy! Wouah!
- Ecoute, le mieux, suggéra Robert, appelle Rosette par skype chez nos amis: ils ont un ordinateur, celui de Rosette ne marche pas. Donne-moi ton numéro et je t'enverrai le leur mais ne les appelle pas maintenant: ils sont certainement partis skier. Appelle ce soir, à l'heure de chez nous. Vers 6h30. Et chez vous ce sera quelle heure?
- La méme chose, mais le matin.
Marché conclu. Lisa pleurait. Rosy trouvait qu'il fallait rire, au contraire. Elle ne tenait pas en place. Il fallait attendre, attendre et appeler vers 6 heures 30 du matin.
Aucun problème. Tout le monde décida de coucher chez Mamy Lisa, sur les canapés qu'on ouvrit, et des matelas qu'on mit par terre. Comme vous pouvez l'imaginer, la nuit fut courte et les sommeils légers.
A 6 heures 30, pile, Rosette bondit de son lit comme un ressort et alla réveiller sa mamy Lisa. Toute la maisonnée arrivait les yeux pleins de sommeil. Mamy voulut préparer un bon café mais Rosy était bien trop impatiente. Elle composa le numéro de Lisou Bisou, à St Pierre de Chartreuse. Et que pensez-vous qu'il arrivât?

LA HUITIEME BOUGIE
Au moment précis où Lisou-Bisou allait allumer la huitième bougie de Hannoucca, on sonna à la porte: Madame Andrieu, Rosette, avait quelque chose de formidable à leur annoncer.
Mais avant qu'elle ait pu terminer sa phrase, l'ordinateur, fit une drôle de musique comme un gloup!
- C'est Skype! cria Lisou-Bisou. Le message est passé. Facebook a marché!!!!
Evidemment, Lisou Bisou s'était un peu trompée. Ce n'était pas Facebook mais Skype qui appelait. Qu'importe, c'était aussi le miracle de l'Internet!
Vous imaginez la suite?
Rosette et Lisa se parlèrent après un demi-siècle et ne voulaient plus s'arrêter. Qu'étaient-elles devenues? Leurs parents? Leurs enfants, leurs petits enfants? Leurs frères, les amis d'antan?
Lisou-Bisou envoya la photo du chamach.
Rosy lui répondit.
Wouah! Elle avait enfin trouvé le message envoyé sur Facebook.
Rosette et Lisa se promirent de se revoir.
Rosette promit qu'elle irait à Melbourne l'hiver prochain, non l'été, corrigea Lisa, et qu'ils allumeraient tous ensemble le fameux chandelier avec le chamach retrouvé.
Lisou-Bisou, Fatiha, Marianne, tous sautaient de joie.
Et quand Lisou-Bisou, devant la fenétre décorée de cristaux de glace, alluma les huit bougies en chantant la première strophe de Hannoucca, Rosy entonna alors les mêmes notes du refrain, devant la fenétre grande ouverte qui laissait entrer un soleil éclatant.
Pour sur, ce Hannoucca, on ne l'oublierait pas!
LA FIN